T-Boze

Bozeman, Montana, capitale des bonbons à réaction et des bars flottants vers l’aube d’un jour nouveau sur lequel apparaîtront comme chaque jour les montagnes au-delà de la plaine.

Des phares caressent les immeubles et nous marchons tandis que quelque part un hippocampe se camoufle dans les algues et que les fumées de cigarettes disparaissent dans l’air froid. Plus que deux blocks avant la frénésie du large comptoir et toute une faune en tenue du samedi soir. L’anniversaire de Porter, voilà une bonne raison de marcher dans la rue en imaginant l’accueil que l’on réserverait à une idée de génie si elle se présentait. Et alors que nous entrons dans le bar, nulle pensée ne s’est encore glissée dans les spéculations du piéton.

LA MUSIQUE BÂT SON PLEIN ALORS VAS-Y GÉANT JONES !

Ô doux délice de la chaleur d’un troquet et des pensées concentrées sur les conversations et les présentations tandis que des capteurs ultra performants enregistrent la chaleur des ondes corporelles féminines. Deux semaines à manger la route avec Caleb, à dormir sous une steppe d’étoiles et à regarder le feu crépiter dans les nuits glaciales du désert. Merveilleux vagabondages à travers l’Idaho, l’Utah et le Colorado. De retour pour les 30 ans du vendeur de vin enveloppé d’un manteau de prévenance et de bouteilles qui trinquent. La simplicité de l’imminence atmosphérique et du chant des coyotes les soirs de pleine lune.

Un aigle au bord d’une route du Montana dévorant la carcasse d’une biche.

Une tarentule baguenaudant aux abords des rochers de grès rouge d’Indian Creek.

Le carrossier mormon humaniste de l’ancienne route 666 au visage conjugué par le temps.

La route n’en finit pas de pleurer l’instant disparu et s’étend pour oublier la relativité du temps et de l’espace. La route marque ses passagers d’une lueur nostalgique et continue toujours plus loin pour avaler les regrets.

La route n’a aucun parti pris.

Elle est solitaire et loyale.

ET NULS CHAMEAUX MIGRANTS À TRAVERS LE DÉSERT.

Pas même un bison.

L’innumérable troupeau exterminé en quelques années pour priver les indiens de leur source d’alimentation.

Ce pays s’est construit sur l’abomination.

Et pourtant.

Elle est là, immense sur ses jambes immenses et son visage de sourires en partance vers vos yeux. Les capteurs sur le rouge et les oreilles fumant de mille chevaux sauvages. Des bas en laine s’arrêtant au dessus des genoux, un territoire de quelques centimètres d’immenses prairies vers lesquelles se dirigent les chevaux sauvages avant de venir buter sur la robe en laine qui s’arrête à mi-cuisses.

Good Lord of Mercy, my kingdom for a cocktail.

Un doigt de Cointreau, une larme de jus de jus de citron vert et de la tequila. Faites glisser la tête du verre humidifiée dans du gros sel. Margherita sur le comptoir, Bryn a des mitaines et des roller skates. Elle vient du Minnesota. Elle a des yeux bleus transparents et dégage tant de couleurs qu’on se croirait sur la mythique piste de l’arc en ciel. Nous fumons une cigarette conique dans l’allée qui borde le bar avec Lisa et Leyla. Entouré de ces trois filles, rien ne peut m’arriver mais tout peut arriver. Le monde est une odyssée fouettant l’air dans le lointain. Je chevauche une licorne jusqu’au bar en espérant que le barman m’offre un verre.

Dehors, il se met à neiger. Bryn roule sous les flocons à travers la vitrine comme si l’espoir n’eut jamais besoin d’exister.

Et le barman de feindre de m’ignorer.